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Cover of issue #204

Current Issue: 50th Anniversary Interventions (#204)

Canadian Literature's Spring 2010 issue (CL#204), "50th Anniversary Interventions", looks back on Canadian Literature's 50th Anniversary Gala, and celebrates Canadian culture with papers about Duncan Campbell Scott, book policies, copyright, civil war poetry, and new Québecois literature.

Book Reviews

Poésie en trombes, mode majeur

Pierre Ouellet (Author)
Trombes. Éditions du Noroît
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Pierre Nepveu (Author)
Les Verbes Majeurs. Éditions du Noroît
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Reviewed by Élise Lepage

Les éditions du Noroît publient deux nouveaux recueils qui s’ajoutent à l’œuvre de deux poètes confirmés, Pierre Nepveu et Pierre Ouellet. Leurs recueils partagent un souci commun pour une parole essentielle et urgente qui s’affiche dès le titre.

« La femme qui dort dans le métro », première section des Verbes majeurs de Pierre Nepveu, rappelle la femme de ménage de Mirabel dans Lignes aériennes, son précédent recueil : « sa vie est une bouche vorace d’aspirateur, / elle le sort chaque nuit comme un chien en laisse / dans des couloirs sans voix, elle le promène / . . . il se cogne sans rien voir » de ces espaces durs et inhospitaliers. Nepveu interroge avec une discrète acuité le réel immédiat, les mondes familiers de tout un chacun. Les « Pierres sur la table » « épellent sans bruit le mot toujours / qui est le mot le moins humain qui soit / et le plus cruel, et le plus étranger ». Plus loin, les substantiels « Exercices de survie », consacrés à la perte des parents, constatent avec angoisse que « la structure de l’être / résiste au poids du chagrin ». C’est dans cette section qui exprime une intériorité inquiète que se trouve le poème qui donne son titre au recueil :

Les verbes majeurs

nous obsèdent au milieu

d’un été sans mouvement

 

naître, grandir, aimer,

penser, croire, mourir

 

. . . . . .

—à moins de vivre à l’infinitif

. . . . . .

 

ou comme un moine bouddhiste

qui a enfoui au fond de lui-même

la destination du verbe aller.

La préoccupation pour le verbe revêt davantage d’urgence et de violence chez Pierre Ouellet. Souvent coupés, entrechoqués à la chute du vers, ses « po- / èmes drus coupés au / couteau » évoquent les « bruits blancs » d’un dieu disparu, de l’« em- / mêlement de langues parlées et dé- / parlées » ou de « l'histoire humaine du point / de vue des / victimes ». Trombes est un recueil dense dans lequel Ouellet s’attache lui aussi à quelques verbes capitaux : « vivre », « envier » et « mourir » qui départagent la dernière section, ou encore le

fer rouge du verbe

aimer du verbe pri-

er dieu les deux

mains jointes dans une

même voix la langue tressée à

ses gestes c'est le par-

ler bas des

plus pauvres qui manquent de mots pour dire

chaque chose et ce qu'ils sont l'un

pour l'autre les pos-

sédés de la vie que dé-

possède leur langue ap-

pauvrie

« [J]e n'é- / cris pas, » peut-on encore lire, « j'in- / terprète une / à une les données é- / crasées de la / boîte noire du monde : le crâne a- / trophié d'une humanité tom- / bée bas. »

Les Verbes majeurs et Trombes sont deux recueils majeurs qui révèlent chacun à leur façon quelques mots essentiels écrits à voix basse, en mode mineur chez Nepveu, ou emportés par une belle puissance lyrique chez Ouellet.




This review has not yet appeared in Canadian Literature.

MLA: Lepage, Élise. Poésie en trombes, mode majeur. canlit.ca. Canadian Literature, n.d. Web. 10 Sept. 2010.

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