Book Reviews
Poésie en trombes, mode majeur
Pierre Ouellet (Author)
Trombes. Éditions du Noroît
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Pierre Nepveu (Author)
Les Verbes Majeurs. Éditions du Noroît
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Reviewed by Élise Lepage
Les éditions du Noroît publient deux nouveaux recueils qui s’ajoutent à l’œuvre de deux poètes confirmés, Pierre Nepveu et Pierre Ouellet. Leurs recueils partagent un souci commun pour une parole essentielle et urgente qui s’affiche dès le titre.
« La femme qui dort dans le métro », première section des Verbes majeurs de Pierre Nepveu, rappelle la femme de ménage de Mirabel dans Lignes aériennes, son précédent recueil : « sa vie est une bouche vorace d’aspirateur, / elle le sort chaque nuit comme un chien en laisse / dans des couloirs sans voix, elle le promène / . . . il se cogne sans rien voir » de ces espaces durs et inhospitaliers. Nepveu interroge avec une discrète acuité le réel immédiat, les mondes familiers de tout un chacun. Les « Pierres sur la table » « épellent sans bruit le mot toujours / qui est le mot le moins humain qui soit / et le plus cruel, et le plus étranger ». Plus loin, les substantiels « Exercices de survie », consacrés à la perte des parents, constatent avec angoisse que « la structure de l’être / résiste au poids du chagrin ». C’est dans cette section qui exprime une intériorité inquiète que se trouve le poème qui donne son titre au recueil :
Les verbes majeurs
nous obsèdent au milieu
d’un été sans mouvement
naître, grandir, aimer,
penser, croire, mourir
. . . . . .
—à moins de vivre à l’infinitif
. . . . . .
ou comme un moine bouddhiste
qui a enfoui au fond de lui-même
la destination du verbe aller.
La préoccupation pour le verbe revêt davantage d’urgence et de violence chez Pierre Ouellet. Souvent coupés, entrechoqués à la chute du vers, ses « po- / èmes drus coupés au / couteau » évoquent les « bruits blancs » d’un dieu disparu, de l’« em- / mêlement de langues parlées et dé- / parlées » ou de « l'histoire humaine du point / de vue des / victimes ». Trombes est un recueil dense dans lequel Ouellet s’attache lui aussi à quelques verbes capitaux : « vivre », « envier » et « mourir » qui départagent la dernière section, ou encore le
fer rouge du verbe
aimer du verbe pri-
er dieu les deux
mains jointes dans une
même voix la langue tressée à
ses gestes c'est le par-
ler bas des
plus pauvres qui manquent de mots pour dire
chaque chose et ce qu'ils sont l'un
pour l'autre les pos-
sédés de la vie que dé-
possède leur langue ap-
pauvrie
« [J]e n'é- / cris pas, » peut-on encore lire, « j'in- / terprète une / à une les données é- / crasées de la / boîte noire du monde : le crâne a- / trophié d'une humanité tom- / bée bas. »
Les Verbes majeurs et Trombes sont deux recueils majeurs qui révèlent chacun à leur façon quelques mots essentiels écrits à voix basse, en mode mineur chez Nepveu, ou emportés par une belle puissance lyrique chez Ouellet.
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MLA: Lepage, Élise. Poésie en trombes, mode majeur. canlit.ca. Canadian Literature, n.d. Web. 10 Sept. 2010.
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